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Aragon romancier. : Les sentiers de la création

Résumé : « Je n'ai jamais écrit mes romans, je les ai lus », c'est par cette déclaration qu'Aragon résume, dans "Je n'ai jamais appris à écrire ou Les incipit", sa démarche de romancier. A en croire ce petit livre, publié en 1969, le même mécanisme est à l'oeuvre depuis l'enfance dans l'écriture romanesque aragonienne, dès "Quelle âme divine !" écrit à six ans. Chaque fois une phrase surgit sans que l'écrivain ait la moindre idée de ce qui va suivre. Véritable dictée de l'inconscient, elle devient la première phrase, l'incipit, à partir duquel « lire » la suite, le roman tout entier, pour découvrir « qui est l'assassin ». Le même flot, la même invention verbale caractériseraient l'invention aragonienne, tout au long de sa vie : de l'époque dada (« la parole se fait dans la bouche » disait déjà Aragon) à l'âge surréaliste puis réaliste, quand Aragon devenu communiste, entreprend le cycle du « Monde réel ». Dans "Les Cloches de Bâle" par exemple, le premier roman du cycle qu'Aragon publie en 1934, ce n'est pas le Congrès de Bâle — qui réunit à la veille de la première guerre mondiale, les socialistes de toute l'Europe dans une ultime tentative pour enrayer le déclenchement de la guerre — qui serait au départ de l'invention, mais une petite phrase — « Cela ne fit rire personne quand Guy appela M. Romanet papa. » — par laquelle pénétrer dans le petit roman, le « romanet » tout privé d'une famille bourgeoise dont Aragon ignorait tout quand cette première phrase lui vint à l'esprit. Pourtant tout n'est pas « dictée », improvisation, imagination dans l'oeuvre d'Aragon. Il suffit pour s'en convaincre de se reporter à la très minutieuse description du Passage de l'Opéra dans Le Paysan de Paris. On peut également mesurer, grâce aux volumes de la Pléiade, l'extraordinaire documentation historique qu'Aragon a rassemblée pour chacun des romans de la période réaliste. Ce travail gagne en ampleur au fil du temps, de la recherche des articles nécessaires à la peinture des milieux anarchistes, dans "Les Cloches de Bale", à l'immense fresque historique retracée dans "La Semaine sainte", où Aragon met en scène, parmi tant d'autres figures historiques, le personnage de Théodore Géricault, au moment des Cent Jours. L'article examine la tension, tout au long de l'œuvre du romancier, entre ces deux pôles : improvisation /documentation.
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https://hal-univ-lyon3.archives-ouvertes.fr/hal-01791494
Contributeur : Mireille Hilsum <>
Soumis le : lundi 14 mai 2018 - 16:25:06
Dernière modification le : lundi 10 février 2020 - 12:17:22

Identifiants

  • HAL Id : hal-01791494, version 1

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Citation

Mireille Hilsum. Aragon romancier. : Les sentiers de la création . L'Humanité (quotidien national), L'Humanité, 2012, N° spécial Aragon L'Humanité, 30 e anniversaire Décembre 2012. ⟨hal-01791494⟩

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