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L'essai russe (II) au XXIe siècle : Le Prolongement du point d'Andreï Baldine

Résumé : En Russie, le mot « essai » (« èssé ») est un mot d'importation, venu du français essai et de l'anglais essay. Les dictionnaires sont unanimes pour y trouver un contenu littéraire ou philosophique, traité sans exposé systématique, avec une certaine liberté, en particulier formelle, mais comportant toujours une distance critique par rapport au problème traité. Les Essais de Montaigne ont été traduits en Russie par un autre terme – opyty – qui signifie aussi « expériences ». Il ne semble pas avoir été repris ensuite, sauf par le poète Batiouchkov, au début du XIXe siècle, dans ses Essais en vers et en prose, qui d'ailleurs se réfèrent explicitement à Montaigne, puisqu'ils portent en épigraphe : « Et quand personne ne me lira, ay je perdu mon temps, de m'estre entretenu tant d'heures oysifves à pensements utiles ou agréables ? ». Ici, l'« essai » avait gardé tout son sens d'expérimentation, toute cette charge qui implique une « tentative ». Plus tard on trouvera, notamment chez Marina Tsvétaïeva, des « tentatives », exprimées par le terme popytka (par exemple le poème « Tentative de jalousie »), qui revendiquent un caractère d'esquisse expérimentale (particulièrement net dans « Tentative de chambre »). Le mot popytka pourrait tout aussi bien se traduire par « essai ». On trouve d'autre part en russe une foule d'appellations génériques floues, toute une nébuleuse de genres incertains, à laquelle peut s'appliquer la problématique de l'essai : des « notes », des « remarques » (zametki), des « carnets » (zapiski) – comme les Carnets d'un chasseur ; l'œuvre de Dostoïevski dont on a traduit le titre comme Souvenirs de la maison des morts porte en russe le nom de Zapiski. Mais il existe une tradition spécifiquement russe se référant à ce qu'Albert Thibaudet appelle en français « le genre de l'essayiste reconnu d'utilité publique », c'est-à-dire, comme le montre Marielle Macé, un genre « implanté » comme en Angleterre « dans la production périodique », situé à l'intersection de la littérature, de l'histoire culturelle et de la critique socio-politique. Cette tradition russe est celle de la publitsistika [publicistika], terme paradoxalement difficile à traduire en français, malgré ses liens avec la culture littéraire française du XIXe siècle. Récemment les éditions Fayard ont d'ailleurs décidé de traduire « publicistique » la partie correspondante des œuvres de Soljénitsyne (interventions dans la presse, les media, sur des sujets culturels au sens large, historiques, socio-politiques).
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Contributeur : Françoise Lesourd <>
Soumis le : samedi 12 mai 2018 - 10:07:49
Dernière modification le : lundi 10 février 2020 - 12:17:21
Document(s) archivé(s) le : lundi 24 septembre 2018 - 23:54:08

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L'essai russe (II) au XIXe si...
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  • HAL Id : hal-01790364, version 1

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Françoise Lesourd. L'essai russe (II) au XXIe siècle : Le Prolongement du point d'Andreï Baldine. Patrick Née. Le quatrième genre : l'essai, Presses Universitaires de Rennes, pp.125-144, 2018, Interférences, 978-2-7535-6508-1. ⟨hal-01790364⟩

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