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Espace & perspective. Éléments pour une archéologie

Résumé : On admet que la perspective a été inventée en Italie au quinzième siècle, et qu'elle s'est imposée dans la peinture pendant quatre siècles. C'est une mathématisation de la représentation de l'espace, sur un mode euclidien, qui correspond, historiquement, au triomphe des mathématiques euclidiennes, à une sérieuse nuance près, à savoir qu'il s'agit, certes, d'un espace euclidien, mais tel qu'il est perçu par un observateur situé à un point précis. L'espace pictural, théorisé par Alberti, puis progressivement intégré à la géométrie avec la géométrie projective, puis descriptive, de Desargues à Monge, va devenir celui de Galilée, puis de Newton. Ce modèle s'impose en peinture jusqu'au milieu du XIXe siècle, puis, avec Manet, la perspective s'estompe, et, chez les impressionnistes, elle cesse d'être la structure du tableau. C'est le moment où, surtout à partir de Riemann, les géométries non-euclidiennes deviennent un important objet d'étude : l'espace orthonormé de la géométrie euclidienne n'est plus une évidence incontestable. Le dernier Cézanne et les débuts du cubisme, sont contemporains de la théorie de la relativité, qui voit la fin de l'espace géométrique absolu de Newton. Après l'espace mathématique, qui s'ouvre aux géométries non euclidiennes, c'est l'espace physique qui cesse d'être newtonien à partir de 1905, avec la théorie de la relativité. Et, vingt ans plus tard, c'est l'idée même d'espace physique qui devient problématique, avec la mécanique quantique, qui ne permet plus la spatialisation des particules, et fait même éclater l'évidence intuitive de l'objet spatial. Ce parallélisme entre la représentation picturale et la science, nous conduit à penser l'art, non comme une pratique séparée, se développant sur un mode intrinsèque, mais comme une réalité sociale inscrite dans un monde global. Ainsi, la représentation picturale italienne du quattrocento va influencer l'urbanisme de la Renaissance, et, en sens inverse, quand Descartes entreprend, en 1637, de refonder la philosophie, dans le Discours de la méthode, il prend l'exemple de ces projets urbanistiques qui créent un espace nouveau et ordonné par la géométrie, pensant probablement aux grands travaux en cours à Paris, sur l'Île Saint Louis, qui fabriquent une nouvelle île, et en configurent le bâti sur un espace géométrique entièrement quadrillé. Plus modestement, la place des Vosges, inaugurée dans les années 1610, marquait la première géométrisation urbanistique parisienne. Et Descartes est le fondateur de la géométrie analytique, qui mathématise l'espace sous la forme algébrique. Les mathématiques, la physique, l'urbanisme, la peinture et la société sont donc liés, et font partie d'un même tout.
Type de document :
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Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-lyon3.archives-ouvertes.fr/hal-01753381
Contributeur : Jean-Joël Duhot <>
Soumis le : vendredi 11 mai 2018 - 20:31:16
Dernière modification le : mercredi 26 février 2020 - 10:06:45
Archivage à long terme le : : mardi 25 septembre 2018 - 08:26:25

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Duhot_L’espace de l’art.pdf
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Identifiants

  • HAL Id : hal-01753381, version 1

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Jean-Joël Duhot. Espace & perspective. Éléments pour une archéologie. Stéphane Kalla. Espace-temps et mémoire de l'œuvre d'art : esthétique et herméneutique, frontières de l'image et du sens Chine-France 2, L'Harmattan, pp.97-116, 2017, Eidos, 978-2-343-10697-7. ⟨hal-01753381⟩

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