L'architecture lue par Joris-Karl Huysmans : de la parabole au symbole

Résumé : Dans les écrits sur l'art de Joris-Karl Huysmans, la visibilité de l'architecture se pose d'emblée en termes de lisibilité. Il s'agit tout d'abord de lire la modernité baudelairienne à l'œuvre dans l'architecture du dernier XIXe siècle, considérée comme " un art nouveau, aussi élevé que l'ancien, un art tout contemporain, approprié aux besoins de notre temps " (" Le Salon de 1879 ", Le Voltaire, 11 juillet 1879). L'architecture du fer est selon Huysmans un " art naturaliste " qui se fait l'équivalent du roman zolien, et il cite à l'appui les paroles de Claude Lantier à propos des Halles dans Le Ventre de Paris : " Voyez, il y a là tout un manifeste " (" L'Architecture nouvelle ", La Réforme, 15 janvier 1880). L'architecture est donc l'emblème de son temps, elle offre à lire son époque : l'église de la Trinité est " un merveilleux spécimen de l'époque qui l'a créée [...]. Tout l'art maladivement élégant du second Empire est là " (" Le Salon de 1879 ", Le Voltaire, 11 juillet 1879) ; la Tour Eiffel est " l'emblème d'une époque dominée par la passion du gain " (" Le Fer ", La Revue indépendante, août 1889) ; et Huysmans voit le Palais du Trocadéro comme une " parabole " qu'il faut déchiffrer mot à mot : " ils ne saisissent point l'acception du cynique monument, de l'ordurier et menaçant emblème dont je vais préciser encore plus complètement le sens " (" L'Emblème ", La Revue indépendante, mars 1885). Cette parabole, Huysmans en trouvera une formulation religieuse dans l'architecture médiévale : " toute partie d'église, tout objet matériel servant au culte est la traduction d'une vérité théologique. Dans l'architecture scripturale, tout est souvenir, tout est écho et reflet et tout se tient " (La Cathédrale, 1898). Il écrit à propos de la cathédrale de Chartres : " Toutes ses figures sont des mots ; tous ses groupes sont des phrases ; la difficulté est de les lire " (ibid.). De même, Notre-Dame de Paris est " un hiéroglyphe où les iconographes chrétiens épellent des mots isolés et tristes, où les alchimistes recherchent vainement la recette de la pierre dans une image sculptée le long d'une porte " (" Le Monstre ", Certains, 1889). Car c'est là le drame qui justifie l'entreprise huysmansienne : si l'architecture moderne est parabole, allégorie de l'époque contemporaine, celle du Moyen âge est désormais symbole, signifiant qui demande à être réuni à son signifié. Comme l'écrit Gaël Prigent dans Huysmans et la Bible, Huysmans veut " déchiffrer le monument chartrain ", " en redonner le sens oublié et perdu " et le " rendre à la littérarité " ; autrement dit, rendre lisible le visible.
Document type :
Conference papers
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Contributor : Aude Jeannerod <>
Submitted on : Tuesday, February 11, 2014 - 3:37:05 PM
Last modification on : Tuesday, November 19, 2019 - 12:02:46 PM

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  • HAL Id : hal-00945019, version 1

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Aude Jeannerod. L'architecture lue par Joris-Karl Huysmans : de la parabole au symbole. Espaces, écritures, architectures : lisible/visible, May 2013, Paris, France. ⟨hal-00945019⟩

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