Les pratiques sérielles dans la critique d'art en revue de Joris-Karl Huysmans

Résumé : Au-delà des deux recueils retenus par la postérité que sont L'Art moderne et Certains, la majeure partie de la critique d'art de Joris-Karl Huysmans relève de la littérature médiatique ; en effet, l'essentiel de sa production est d'abord publiée dans des périodiques, surtout des " petites revues " naturalistes et symbolistes des années 1870 à 1890, auxquelles il faut ajouter deux quotidiens, Le Voltaire et L'Écho de Paris. Sa pratique critique s'inscrit donc dans différentes logiques sérielles, dont il s'agit dans un premier temps d'observer les modalités. D'une part, Huysmans assure à lui seul certaines séries ; il tient ainsi une chronique d'art régulière dans La République des lettres en 1876, dans La Revue indépendante en 1886-1887, et dans L'Écho de Paris en 1897-1898. Si les sujets des articles sont variés, car dictés par l'actualité artistique, c'est la figure du journaliste, le " je " subjectif et engagé de l'auteur, qui unifie ces textes et donne à la rubrique sa continuité d'un numéro à l'autre. Huysmans se voit également confier des séries saisonnières, ne durant par exemple que le temps du Salon annuel : il fournit ainsi douze livraisons au Voltaire de mai à juillet 1879, quatre à La Réforme de mai à juillet 1880, et trois à L'Évolution sociale en mai 1885. En ce cas, les textes se répondent non seulement à l'intérieur de la série, mais également d'une série à l'autre, le critique d'art renvoyant explicitement à ses " Salons " précédents. D'autre part, Huysmans participe à des entreprises collectives, où les articles composant la série sont rédigés par divers contributeurs. Ainsi, les différentes livraisons d'un " Salon " peuvent être assurées par plusieurs journalistes, qui se répartissent les tableaux en les classant par genres ; Huysmans choisit souvent de se charger des natures mortes : en 1876 pour La Républiques des lettres, en 1877 pour L'Actualité, et en 1880 pour L'Exposition des Beaux-arts. Ici, la logique sérielle s'exerce encore à un double niveau : les textes de Huysmans entrent en résonance avec ceux de ses collaborateurs qui traitent des autres genres, mais ils se font également écho d'une revue à l'autre et d'une année à l'autre. Huysmans s'intègre à d'autres projets collectifs, comme les comptes-rendus des Expositions universelles (en 1878 dans L'Artiste, en 1889 dans La Revue de l'Exposition universelle) ou des publications spécialisées (Les Chefs-d'œuvre de l'art au Luxembourg en 1881). Dans un deuxième temps, il s'agit d'étudier l'influence de la sérialité sur l'écriture de Huysmans. Par exemple, le caractère violemment polémique de sa critique d'art s'accroît encore lorsque ses idées entrent en conflit avec celles d'autres journalistes publiant dans la même rubrique : dans La Chronique illustrée, il s'oppose nettement à Eugène Montrosier sur l'exposition de Pils ; dans Le Voltaire, il désavoue l'article d'Alexandre Pothey sur les médaillés du Salon. Nous verrons également que la pratique sérielle devient une habitude qui informe même la production livresque : le recueil L'Art moderne adopte une forme sérielle en classant les textes par dates, comme des chroniques régulières de l'actualité ; de même, le recueil poétique Croquis parisiens reprend la logique sérielle des livraisons d'un " Salon " en classant les pièces par genres picturaux (" Paysages ", " Natures mortes ", " Types de Paris ").
Document type :
Conference papers
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Contributor : Aude Jeannerod <>
Submitted on : Tuesday, February 11, 2014 - 3:30:56 PM
Last modification on : Wednesday, January 23, 2019 - 7:48:16 PM

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  • HAL Id : hal-00945008, version 1

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Aude Jeannerod. Les pratiques sérielles dans la critique d'art en revue de Joris-Karl Huysmans. Pratiques sérielles dans les littératures médiatiques, May 2012, Nanterre, France. ⟨hal-00945008⟩

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