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Communication dans un congrès

Les écrits sur l'art de Joris-Karl Huysmans. Interactions entre genre et support

Résumé : Les écrits sur l'art de Huysmans constituent un corpus aux contours mal définis. Des tentatives de bibliographie ont déjà été effectuées ; on peut citer notamment l'importante contribution de Jacques Lethève, qui a publié en 1979 un " Essai bibliographique " dans le n° 71 du Bulletin de la Société Huysmans. Cependant, il me semble qu'une évaluation critique des limites de ce corpus n'a jamais été vraiment réalisée ; les frontières qui séparent les écrits sur l'art de Huysmans de sa critique d'art, de ses récits de voyage, de ses romans et de sa poésie en prose, restent floues et posent un certain nombre de problèmes qui restent à élucider. Le premier est la distinction entre critique d'art et écrits sur l'art. Si l'on en croit Albert Dresdner, la critique d'art est : " le genre littéraire autonome qui a pour objet d'examiner, d'évaluer et d'influencer l'art qui lui est contemporain " (Albert Dresdner, Die Entstehung der Kunstkritik, Munich, 1915 ; trad. fr. par Th. de Kayser, La Genèse de la critique d'art, Paris, Éditions de l'École nationale supérieure des Beaux-Arts, 2005, p. 31). Ainsi, ce qui sépare la critique des écrits sur l'art, est que la première relève de l'actualité et de l'activité journalistique, tandis que les seconds appartiennent à l'inactuel et à l'intemporel. Aussi doit-on limiter le corpus de la critique d'art de Huysmans à ses comptes rendus de l'actualité artistique de son temps ; cela comprend principalement ses Salons, échelonnés de 1876 à 1887. On peut y adjoindre les comptes-rendus d'autres manifestations, comme les expositions universelles parisiennes de 1867, 1878 et 1889. Cependant, ce corpus de critique d'art pose déjà problème, dans la mesure où certains textes sont dictés par l'actualité, mais ne concernent pas strictement l'art contemporain ; il en va ainsi notamment des rétrospectives, expositions consacrées à un peintre après sa mort. Nous pouvons parler d'écrits sur l'art quand Huysmans, hors de toute actualité artistique, consacre des articles à des œuvres du passé. Ces textes sont pour la plupart des récits de visites de musées, fruits d'errances parisiennes ou de voyages à l'étranger. Mais le caractère semi-autobiographique et semi-fictionnel de ces récits de promenades semble les éloigner du genre des écrits sur l'art. Le récit de voyage constitue toujours une pratique journalistique, mais qui change d'objet : à la description de l'œuvre d'art se superpose le récit de la visite de la ville. Le centre de gravité se déplace et laisse ainsi davantage de place au pittoresque : rencontres d'autochtones, mésaventures du voyageur, description de l'architecture et de l'urbanisme. À mi-chemin entre le document à valeur référentielle et la promenade pittoresque, les textes qui recourent à la " fiction déambulatoire " (Jean Foyard, " Le système de la description de l'œuvre d'art dans L'Art moderne ", Huysmans, une esthétique de la décadence, A. Guyaux, C. Heck & R. Kopp dir., Paris, Champion, 1987, p. 135-136) tendent à fondre le descriptif dans le narratif et oscillent entre fiction et non-fiction. L'opposition traditionnelle entre les catégories de fiction et de non-fiction ne semble pas poser problème lorsque l'on évoque le genre de la critique d'art. En effet, le terme " fiction " est traditionnellement défini comme le " genre du récit non référentiel " (Dorrit Cohn, The Distinction of Fiction, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, 1999 ; trad. fr. par C. Hary-Schaeffer, Le Propre de la fiction, Paris, Seuil, " Poétique ", 2001, p. 8), tandis que la non-fiction correspond aux textes référentiels, c'est-à-dire à " ceux qui prétendent retranscrire directement un objet du monde ou une expérience d'un objet du monde " (Christine Montalbetti, La Fiction, Paris, Flammarion, " GF Corpus ", 2001, p. 13). Or, la critique d'art prétend retranscrire à la fois un objet du monde - l'œuvre d'art qu'elle décrit - et une expérience d'un objet du monde - la réaction du critique devant cette œuvre d'art. Le genre de la critique artistique relève donc a priori de la non-fiction. Toutefois, la critique d'art de Huysmans semble résister à cette catégorisation, prise dans une perpétuelle oscillation entre deux modes de rapport au réel, entre un pôle référentiel et un pôle fictionnel. Ses chroniques artistiques, bien qu'inscrites dans un cadre référentiel, sont souvent le lieu d'une effraction de la fiction : Huysmans procède à une mise en fiction de son expérience, et souvent, le tableau n'est plus que le point de départ d'une rêverie qui a tout de la fiction romanesque. Et que penser des textes dont le statut pragmatique est fluctuant, parce qu'ils ont connu diverses circonstances de publication, des textes qui oscillent de la presse au roman, et donc de la non-fiction à la fiction ? C'est donc le contexte pragmatique de réception et la différence de support qui peuvent remettre en question les contours du corpus des écrits sur l'art de Huysmans, et repousser les frontières génériques qui les séparent du récit de voyage, de la nouvelle, de la poésie ou du roman. Étudier les influences réciproques du genre et du support dans les écrits sur l'art de Huysmans permettra donc de délimiter plus nettement les contours de ce corpus.
Type de document :
Communication dans un congrès
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https://hal-univ-lyon3.archives-ouvertes.fr/hal-00945005
Contributeur : Aude Jeannerod <>
Soumis le : mardi 11 février 2014 - 15:29:07
Dernière modification le : lundi 10 février 2020 - 12:17:21

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  • HAL Id : hal-00945005, version 1

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Aude Jeannerod. Les écrits sur l'art de Joris-Karl Huysmans. Interactions entre genre et support. Écrire l'art, Oct 2010, Paris, France. ⟨hal-00945005⟩

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