Huysmans et la représentation du corps chez Rembrandt

Résumé : Dès sa prime jeunesse, Huysmans manifeste une grande admiration pour les peintres du Siècle d'or hollandais, se montrant épris de leur réalisme et de leurs effets de lumière. Il fréquente assidûment les galeries du Louvre, où il contemple les œuvres de Rembrandt, Hals, Ruysdael, mais aussi celles de son ancêtre Huysmans de Malines. En effet, son ascendance hollandaise est l'une des raisons de sa profonde intimité avec ces peintres ; dans une notice autobiographique rédigée pour Les Hommes d'aujourd'hui en 1885, il rappelle qu'il est issu d'une longue lignée d'artistes hollandais, et que sa vocation d'écrivain n'en est qu'une variante : " De père en fils, tout le monde a peint dans cette famille qui compte parmi ses ancêtres Cornélius Huysmans, dont les tableaux figurent au Louvre. Seul, le dernier descendant, l'écrivain qui nous occupe, a substitué aux pinceaux une plume " (A. Meunier [pseudonyme de J.-K. Huysmans], " J.-K. Huysmans ", Les Hommes d'aujourd'hui, n°263, Paris, Vanier, 1885). La peinture hollandaise est donc une source d'inspiration pour le jeune Huysmans, à la fois matrice qui l'incite à l'acte d'écrire et matière qui nourrit son écriture : " J'ai appris à me connaître comme littérateur, au Louvre, devant les toiles de l'école hollandaise. Il me semblait qu'il fallait faire cela à la plume ", confie-t-il à son ami Arij Prins en mars 1886 (Lettres inédites à Arij Prins, éd. Louis Gillet, Genève, Droz, 1977, p. 36). Et parmi les maîtres hollandais, Huysmans affirme l'incontestable supériorité de Rembrandt van Rijn, en évoquant dans sa critique d'art " le grandiose [et] la poésie du dieu " (" Le Cellier. Eau-forte par François Flameng, d'après Pierre de Hooch ", Musée des deux-mondes, 15 décembre 1875, p. 32) et en s'exclamant : " Quel homme, quel dieu que ce peintre ! " (" En Hollande ", Musée des deux-mondes, 15 février 1877, p. 44). Nous nous demanderons comment Huysmans perçoit et conçoit la représentation du corps dans l'œuvre du peintre hollandais. D'une part, l'écrivain célèbre le réalisme de Rembrandt, c'est-à-dire son appréhension du corps dans ce qu'il a de plus matériel et de plus trivial. D'autre part, il considère que cette matérialité, cette trivialité et cette corporéité sont appelées à être transfigurées aussi bien par l'art que par le divin, qu'il s'agisse du corps animal du Bœuf écorché, du corps féminin de Suzanne ou de Bethsabée, du corps pictural de La Ronde de nuit, ou du corps divin du Christ se révélant aux pèlerins d'Emmaüs.
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Contributor : Aude Jeannerod <>
Submitted on : Tuesday, February 11, 2014 - 3:18:54 PM
Last modification on : Tuesday, November 19, 2019 - 12:02:57 PM

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  • HAL Id : hal-00944988, version 1

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Aude Jeannerod. Huysmans et la représentation du corps chez Rembrandt. Bulletin de la Société J.-K. Huysmans, 2012, pp. 45-63. ⟨hal-00944988⟩

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