Etats-Unis : un impérialisme sans empire ? De la destinée manifeste à la puissance globale

Francois David 1
1 CLESID - Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense
Francophonie - Mondialisation et relations internationales
Résumé : Une grande puissance commence à décliner à partir du moment où elle ne parvient pas à déterminer la limite d'expansion territoriale au-delà de laquelle elle perdra en substance et en cohérence. L'empereur Auguste sait s'arrêter en 9 après Jésus-Christ, après la défaite de Teutobourg : l'Empire romain ne s'étendra donc jamais au-delà du limes, ce qui le sauvera et assurera non seulement sa survie mais aussi sa vraie prospérité et sa croissance interne, jusqu'au troisième siècle. Ce n'est pas que les Etats-Unis aient fixé d'eux-mêmes une limite géographique, et en particulier territoriale, à leur expansion. En fait, ils ne se sont pas vraiment posés la question, car ils ont posé la question autrement : ils passent directement d'une conception territoriale de la puissance (conception d'ancien régime : plus on dispose de territoires, plus on possède de champs pour l'agriculture et plus on jouit de richesses en sous-sol) à une conception radicalement nouvelle de la société internationale, au XXe s. : les nouveaux de champs de force internationaux deviennent économiques, intellectuels, moraux et spirituels. Par conséquent, les Etats-Unis s'intéressent de très près au monde entier. On peut même dire que leur intérêt pour le monde conditionne la réussite du projet interne américain, en particulier l'économie. Si l'Amérique ne s'intéresse pas aux développements planétaires de très près, elle décline. C'est l'exact contraire des grandes puissances. Pourquoi ? Parce que leur méthode d'approche des relations internationales inverse la stratégie mondialiste employée par les grands empires européens. D'où trois axes problématiques : Premier axe : en finir avec le concept d'isolationnisme. L'isolationnisme n'a été qu'une manière parmi d'autres de faire une politique étrangère très active. La période de néo-isolationnisme virulent de l'entre-deux-guerres montre bien que l'isolationnisme est un nationalisme. Deuxième idée : plus que jamais, lorsqu'on considère le cas américain, on ne peut pas séparer le projet national de la politique étrangère. Le projet international prolonge le projet interne. Troisième principe : La force de la méthode américaine consiste à conjuguer Realpolitik et idéalisme. Le réalisme et l'idéalisme forment les deux faces de la même politique. Les Etats-Unis sont à la fois profondément altruistes et très brutaux, et l'alliance systématique des deux apparaît relativement novateur. Par exemple, le plan Marshall constitue autant un programme philanthropique et altruiste sincère qu'un programme de relance interne de l'économie américaine.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Cahiers de l'Académie des Sciences morales et politiques. Mondialisme et déclin, Georges-Henri Soutou (dir.), Hermann, pp.55-88, 2012
Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-lyon3.archives-ouvertes.fr/hal-00941517
Contributeur : François David <>
Soumis le : mardi 4 février 2014 - 00:19:00
Dernière modification le : mercredi 11 juillet 2018 - 15:20:13

Identifiants

  • HAL Id : hal-00941517, version 1

Collections

Citation

Francois David. Etats-Unis : un impérialisme sans empire ? De la destinée manifeste à la puissance globale. Cahiers de l'Académie des Sciences morales et politiques. Mondialisme et déclin, Georges-Henri Soutou (dir.), Hermann, pp.55-88, 2012. 〈hal-00941517〉

Partager

Métriques

Consultations de la notice

190