Les Etats-Unis et la paix de San Francisco. Libéralisme, interdépendance stratégique et stabilité hégémonique

Francois David 1
1 CLESID - Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense
Francophonie - Mondialisation et relations internationales
Résumé : Le traité de paix japonais, signé le 8 septembre 1951 à San Francisco, éclaire la difficulté de penser un système international. En effet, cet accord aurait été rédigé en des termes fort similaires sans la Guerre froide. Ses principes procèdent directement de la société internationale que les Etats-Unis imaginent en 1919 à la conférence de Paris, et qu'ils auraient appliquée dès 1945, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. San Francisco met déjà en place les règles de l'après-Guerre froide, en vue du moment où l'Amérique pourra enfin façonner les relations internationales selon ses normes. En ce sens, ce traité offre certaines grilles d'interprétation de la politique américaine conduite après 1989. Trois questions ou séries de questions émergent. Premièrement, pourquoi les négociateurs américains réussissent-ils là où Wilson a échoué avec l'Allemagne ? Deuxièmement, dans quelle mesure le traité de San Francisco valide-t-il - au nom d'un héritage wilsonien pleinement vécu - une approche libérale de la société internationale, fondée sur l'Etat de droit, l'indépendance dans l'interdépendance, la libre renonciation à certaines prérogatives souveraines, le libre dialogue des nations entre elles, et une société internationale fondée aussi sur la sécurité collective ? Comme le wilsonisme, de fait, le traité de paix japonais fait converger les trois courants " républicain ", " commercial " et " institutionnel " du libéralisme. Voyons dans l'ordre. Par définition, d'abord, le traité de paix japonais est une paix de démocraties, au sens de la " paix républicaine " de Kant. Ce texte lance le pari d'une entente durable entre les Etats-Unis et l'ex-empire militariste auquel MacArthur imposa le parlementarisme, en 1946. Il s'agit donc d'un processus d'apprentissage. En 1951, la route paraît encore longue vers un pays authentiquement démocratique et les élites japonaises n'apprendront la vraie signification de l'Etat de Droit qu'au contact répété de leurs homologues américains, par le jeu régulier des échanges politiques et économiques. Libéralisme " commercial ", ensuite : les Etats-Unis n'imposent aucune réparation, ni aucune restriction industrielle (comme les démantèlements d'usines), ni même aucune entrave commerciale (comme la clause de la nation la plus favorisée). Tel le " doux commerce " de Montesquieu, la libre diffusion des biens doit entraîner la libre circulation des personnes, puis des idées et favoriser ainsi le progrès moral, source de paix. Enfin, le libéralisme défendu par les négociateurs américains à San Francisco, est un libéralisme institutionnel et régulateur. Non sans contradictions ni tensions, l'Amérique tente de faire juxtaposer plusieurs types de configurations interétatiques, en espérant y combiner stabilité, dynamisme et souplesse. Par sa toute puissance héritée de la victoire, tantôt elle impose brutalement son contrôle politique, tantôt elle se contente de régler les poids de l'horloge. Troisième question problématique, dès lors : quel type d'" hégémon stabilisateur " sont les Etats-Unis, puisqu'ils allient l'idéalisme wilsonien et la Realpolitik la plus classique ? A partir de ces deux matrices contradictoires en apparence, comment les Etats-Unis gèrent-ils les tensions internationales en façonnant un système favorable à leurs intérêts, d'abord et avant tout, mais dont les bénéfices peuvent s'étendre, ensuite, aux autres partenaires ? Car avec la paix de 1951, la puissance américaine installe un système intercontinental de sécurité fondé sur des alliances distinctes : le traité de paix proprement dit, mais aussi le traité de sécurité américano-japonais, signé le même jour et bien plus contraignant, et enfin, le pacte ANZUS entre l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis, dirigé à la fois contre le Japon et le bloc sino-soviétique.
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Chapitre d'ouvrage
Penser le système international. Mélanges en l'honneur du Professeur Georges-Henri Soutou, PUPS, pp.137-152, 2013
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Contributeur : François David <>
Soumis le : mardi 4 février 2014 - 00:01:00
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Francois David. Les Etats-Unis et la paix de San Francisco. Libéralisme, interdépendance stratégique et stabilité hégémonique. Penser le système international. Mélanges en l'honneur du Professeur Georges-Henri Soutou, PUPS, pp.137-152, 2013. 〈hal-00941514〉

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