Suez ou les failles de la CIA

Francois David 1
1 CLESID - Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense
Francophonie - Mondialisation et relations internationales
Résumé : En 1953, Allen Welsh Dulles (1893-1969) devient le premier civil à exercer les fonctions de Director of Central intelligence. Particularité exceptionnelle dans l'appareil d'Etat américain, le nouveau président Eisenhower a aussi choisi de placer son frère aîné à la tête de la diplomatie américaine. John Foster Dulles (1888-1959) devient en effet secrétaire d'Etat. Dès lors, les critiques n'ont pas manqué contre une telle concentration de secrets et de pouvoir chez deux membres d'une même famille. Le président Eisenhower a toujours défendu ce choix auprès de ses interlocuteurs y voyant une chance de développer des synergies pour une politique extérieure plus efficace. La crise de Suez est une crise carrefour, dévoilant de nombreux développements souterrains de la Guerre froide, jusqu'alors cachés ou occultés par l'affrontement Est-Ouest. Ce rôle de révélateur (au sens photographique du terme) s'applique au monde du renseignement, dans la mesure où pour la première fois depuis 1945, le danger vient en large partie de ses propres alliés, c'est-à-dire de ceux qu'on n'espionne pas en priorité. Dans le cas du renseignement américain, la crise de Suez met à l'épreuve les capacités de la CIA à sortir des sentiers battus. Comme les frères Dulles contrôlent la politique extérieure du pays, de façons variées, l'affaire du canal pose évidemment la question de la coordination étroite du renseignement et de la diplomatie. Le secrétaire d'Etat sait très bien reconnaître les limites de son action et laisse à la CIA le soin de mener la politique des Etats-Unis, lorsque les moyens clandestins sont jugés plus efficaces. Les renversements de Mossadegh en Iran en 1953 et d'Arbenz au Guatemala en 1954, ainsi que le sort du Laos après les accords de Genève (1954) portent la marque exclusive de la CIA. Tel n'est pas le cas de la crise de Suez, dont le département d'Etat entend bien contrôler tous les développements pour éviter une guerre générale. Du point de vue du renseignement et des relations internationales, cet épisode pose de façon aiguë la question de la circulation de l'information au sein de l'alliance atlantique : ainsi, les Français et les Britanniques hésitent entre sincérité et intoxication. Par extension, se pose la question du degré de confiance à s'accorder entre alliés et de la solidité du casus foederis. A ce titre, dans quelle mesure les ambassadeurs sur place peuvent-ils être de bonnes sources d'informations ? Jusqu'à quel point les conversations diplomatiques peuvent-elles se substituer au travail des services de renseignement, en particulier lorsque ceux-ci ne disposent d'aucun élément infiltré dans la place - comme c'est le cas de la CIA vis-à-vis du gouvernement Guy Mollet ? De ce point de vue, la crise de Suez se caractérise aussi par l'entrée en scène du renseignement aérien de très haute technologie grâce aux avions stratosphériques U2, essentiellement destinés à surveiller l'Union soviétique : doit-on y voir, chez les décideurs américains, un penchant - déjà - à privilégier la technologie au détriment du "Human Intelligence" (HUMINT) ? Enfin, cette étude détermine pourquoi les Etats-Unis se laissent surprendre par l'intervention franco-anglo-israélienne contre l'Egypte, à partir du 28 octobre 1956. Nous verrons que si les frères Dulles défendent en chœur une politique d'apaisement à l'égard de Nasser, le secrétaire d'Etat a su, beaucoup mieux que le directeur de la CIA, pressentir la " trahison " des alliés français et britannique, grâce aux informations obtenues par la diplomatie classique.
Document type :
Conference papers
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Contributor : François David <>
Submitted on : Monday, February 3, 2014 - 11:55:03 PM
Last modification on : Monday, December 2, 2019 - 12:50:03 PM

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  • HAL Id : hal-00941512, version 1

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Francois David. Suez ou les failles de la CIA. Diplomatie et renseignement, Oct 2008, Bordeaux, Université Bordeaux III, France. pp.65-80. ⟨hal-00941512⟩

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