La trame de la crise de Suez - La France, le conflit israélo-arabe et l'Egypte : réalités militaires et enjeux nationaux (1954-1956)

Francois David 1
1 CLESID - Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense
Francophonie - Mondialisation et relations internationales
Résumé : Nous tentons de répondre aux trois interrogations suivantes : 1°) Comment se comportent les trois grandes puissances occidentales vis-à-vis du très jeune Etat israélien entre les deux premières guerres israélo-arabes ? 2°) Jusqu'à quel degré les livraisons d'armes soviétiques à l'Egypte déséquilibrent-elles les forces au Moyen-Orient, et exposent-elles le jeune Etat hébreu à la destruction ? 3°) Le gouvernement Guy Mollet exagèrerait-il la menace égyptienne, vis-à-vis de l'Algérie et d'Israël, pour en faire un casus belli douteux à l'automne 1956 ? En 1956, en effet, le gouvernement Guy Mollet décide l'opération d'Egypte, en partie pour étouffer la guérilla algérienne et la priver de son soutien extérieur. De même, l'histoire de la SFIO, la Résistance et l'analogie entre les Pieds-noirs et les Juifs de Palestine portent la sympathie des socialistes français vers Israël. Il n'en a pas toujours été ainsi. En 1954-1955, encore, la France surveille l'équilibre des forces au Moyen-Orient. Elle coordonne ses efforts avec les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, dans le cadre de l'accord tripartite du 25 mai 1950. La présidence Eisenhower refuse à l'Etat hébreu de procéder à des représailles contre les raids de fedayins (le nombre d'Israéliens tués et blessés en six ans équivaudrait à 150 000 Américains, en proportion). De son côté, la Grande-Bretagne garde un œil jaloux sur sa politique arabe. Quant au Cabinet Edgar Faure / Pinay, il se soucie peu de la sécurité d'Israël et ne s'offusque pas toujours de l'ingérence de Nasser en Algérie. En 1955, la France se lance même dans une course de vitesse avec l'URSS pour tenter de lui ravir le futur contrat d'armements avec l'Egypte, très lucratif (projets d'exporter l'AMX 13 et des canons de DCA). Guy Mollet clôt rapidement cette phase ambiguë. A partir des archives diplomatiques et militaires, nous essayons d'évaluer le plus précisément possible le contexte géo-militaire du conflit israélo-arabe, et son rôle dans l'attitude française à propos de Suez : comment la France passe-t-elle d'une sorte d'apaisement à la politique de la canonnière ? Notre propos emprunte trois perspectives : 1°) Les puissances occidentales négligent sciemment la sécurité d'Israël jusqu'à la prise de conscience du gouvernement Guy Mollet. Celui comprend que 1957 sera "l'année du plus grand danger" pour Israël. En cas d'inaction, le rapport des forces s'inverserait alors de façon irréversible et mortelle au profit de l'Egypte. 2°) Attention à l'illusion rétrospective : si, en 1956, l'armée égyptienne n'est pas opérationnelle, elle peut le devenir. L'opération franco-britannique casse une dynamique qui aurait pu transformer rapidement l'Egypte en puissance militaire régionale. 3°) L'influence du nationalisme égyptien sur les "événements d'Algérie" apparaît plus problématique. En effet, les armes livrées par voie de mer sont négligeables en quantité. De plus, le FLN n'a besoin d'aucune idéologie extérieure pour affirmer son identité.
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Conference papers
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Contributor : François David <>
Submitted on : Tuesday, January 28, 2014 - 11:27:53 PM
Last modification on : Monday, December 2, 2019 - 12:50:03 PM

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  • HAL Id : hal-00937927, version 1

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Francois David. La trame de la crise de Suez - La France, le conflit israélo-arabe et l'Egypte : réalités militaires et enjeux nationaux (1954-1956). La crise de Suez - Une relecture politico-militaire, Nov 2007, France. pp.151-165. ⟨hal-00937927⟩

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