Accéder directement au contenu Accéder directement à la navigation
Article dans une revue

Lâcher la proie pour l'ombre ? La fusion des nouvelles forces allemandes dans l'armée européenne, vue par les autorités militaires françaises (1951-1954)

Francois David 1
1 CLESID - Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense
Francophonie - Mondialisation et relations internationales
Résumé : Nous posons la question du réarmement allemand sous la forme d'une armée européenne intégrée (plan Pleven, 1950), à la lumière des deux axes problématiques suivants : 1°) Quel est le rôle exact des chefs d'état-major et des principaux généraux français dans la détermination de la politique gouvernementale en matière de réarmement allemand ? Prend-on leur avis en compte ? Sont-ils des acteurs ou simplement des conseillers de la politique française ? Pour répondre à ces questions, nous examinons la contribution officielle du commandement français, par la voie hiérarchique statutaire, à la prise de décision. Nous n'abordons pas l'opinion des officiers français même si leur opposition massive et croissante à la CED joue un rôle capital, en particulier dans le revirement du maréchal Juin, à l'hiver 1953-1954. Nous resterons donc aux principaux niveaux de responsabilité de l'appareil militaire français, à savoir : Le général, puis maréchal Juin (1952), nommé inspecteur général des forces armées et commandant des forces terrestres atlantiques en Centre-Europe à partir d'octobre 1951. Sa fonction lui permet de présider et d'orienter les vues du Comité des chefs d'état-major. Le Comité des chefs d'état-major : fondé sur le modèle anglo-saxon, il travaille selon le principe de la collégialité. Il constitue l'instance permanente à laquelle le ministre de la Défense demande conseil. Ses réponses prennent la forme de fiches complètes mais trop souvent lapidaires. Le Conseil supérieur des forces armées : organe consultatif sans périodicité fixe, il réunit les chefs d'état-major et les généraux d'armée et de corps d'armée. Ses débats à huis clos autorisent une certaine liberté de ton et d'expression, et permettent au ministre de se rendre compte de l'état d'esprit des chefs militaires. 2°) Le réarmement allemand sert-il la défense de l'Europe ? Quelle est la vraie fonction de la CED ? Doit-elle avant tout constituer une organisation militaire opérationnelle, ou bien servir de tremplin au fédéralisme européen ? Ces questions peuvent paraître incongrues, puisque la Communauté européenne de défense se veut au départ une riposte à la menace soviétique. Toutefois, du plan Pleven (1950) à l'"agonizing reappraisal" fulminé par le secrétaire d'Etat américain Foster Dulles (décembre 1953), la fin et les moyens s'inversent. Initialement, il s'agit de contrôler le réarmement allemand, jugé indispensable contre la menace soviétique, en l'encadrant dans une armée multinationale intégrée. Mais en 1953-1954, sous la pression américaine, on insiste de plus en plus sur les vertus supranationales de l'armée européenne, destinée à unir les destins de la France et de l'Allemagne, et à mettre fin aux guerres récurrentes entre elles. La CED doit servir d'embryon à une future fédération européenne. Dans les chancelleries, elle devient une affaire de plus en plus politique et de moins en moins stratégique. Or, les généraux français continuent de raisonner en fonction du péril soviétique, à la différence des cercles gouvernementaux qui évoquent fort peu les aspects opérationnels. Dans leurs relations avec le pouvoir civil, nous analyserons donc la nature des arguments proprement militaires que les chefs d'état-major apportent en faveur du réarmement allemand. Pour eux, le fond l'emporte de plus en plus sur la forme : CED ou pas, la sécurité de la France exige un môle terrestre défensif solide à l'est du Rhin, charpenté par des forces allemandes opérationnelles. Nous tentons de répondre aux deux questions posées, dans l'ordre suivant : D'abord, sur la période 1951-1952, nous examinons les positions initiales des états-majors en faveur du réarmement allemand sous l'égide de la CED en gardant à l'esprit la réalité de la menace soviétique à l'époque, et le poids de l'Outre-mer (Indochine et Afrique du Nord, déjà). Ensuite, nous analysons les facteurs stratégiques et tactiques qui expliquent l'attachement inébranlable des chefs militaires français au réarmement allemand sous contrôle (Conseil supérieur des forces armées du 21 décembre 1953). Enfin, nous voyons que le haut commandement français se résigne à la constitution éventuelle d'une armée allemande indépendante, malgré les clauses de sauvegarde qu'il tente d'introduire, souvent en vain.
Type de document :
Article dans une revue
Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-lyon3.archives-ouvertes.fr/hal-00937914
Contributeur : François David <>
Soumis le : mardi 28 janvier 2014 - 22:51:46
Dernière modification le : lundi 10 février 2020 - 12:17:21

Identifiants

  • HAL Id : hal-00937914, version 1

Collections

Citation

Francois David. Lâcher la proie pour l'ombre ? La fusion des nouvelles forces allemandes dans l'armée européenne, vue par les autorités militaires françaises (1951-1954). Cahiers du CEHD, 2007, pp.117-139. ⟨hal-00937914⟩

Partager

Métriques

Consultations de la notice

297