Port-Fouad, 7 novembre - 22 décembre 1956 : laboratoire d'une occupation et révélateur d'une crise

Francois David 1
1 CLESID - Centre Lyonnais d'Etudes de Sécurité Internationale et de Défense
Francophonie - Mondialisation et relations internationales
Résumé : L'occupation de Port-Saïd / Port-Fouad par le corps expéditionnaire franco-britannique à Suez, revêt sa vraie dimension lorsqu'on la relie aux méthodes de contre-guérilla des années cinquante. La postérité retient surtout la brièveté des opérations, ainsi que le cessez-le-feu prématuré du 6 novembre 1956, exigé par l'Assemblée générale d'urgence des Nations Unies. Après l'arrêt des hostilités commence une courte période d'incertitude sur laquelle certains diplomates, généraux et ministres fondent des espoirs. A la mi-novembre 1956, le gouvernement Guy Mollet projette fugacement une reprise des opérations pour s'emparer de la totalité du canal (opération "Verdict"). Entre-temps, bien sûr, l'armée du Raïs a renforcé ses positions. L'effet de surprise a vécu et de nouveaux combats entraîneraient des pertes trop sévères pour tenter l'aventure (sans compter le hourvari prévisible de l'opinion internationale). Deux interrogations dominent cette étude : 1°) D'un point de vue historique, le sérieux initial des préparatifs de l'occupation du canal aurait-il permis aux Français et aux Britanniques d'investir durablement l'Egypte - indépendamment du courroux diplomatique des Etats-Unis, de l'URSS et de l'ONU ? 2°) D'un point de vue géopolitique, les leçons de Port-Said seraient-elles applicables à une occupation à long terme d'une autre région du Moyen-Orient ? A partir des archives du II° Bureau, nous montrons que, si la puissance occupante prend en compte le bien-être des populations, cela ne suffit pas : elle doit s'attendre à un regain d'hostilités, passé un certain stade de progrès. En d'autres termes, l'effort logistique puis économique est indispensable à une occupation réussie, mais ne permet pas de se gagner les populations et, par conséquent, de priver la subversion et la guérilla de ses soutiens locaux. Le politique prime le social. De ce point de vue, l'occupation de Port-Saïd a bien été un laboratoire : elle montre que le fonctionnement satisfaisant des infrastructures et des services n'a pas autorisé un début d'entente sereine entre les forces européennes et leurs "administrés" égyptiens. Nous montrons aussi comment l'occupation de Port-Fouad sert de révélateur à la crise de Suez, dans son ensemble. Le but initial était de renverser Nasser en lui faisant perdre la face. En fait, la théorie de la "prise de gage" se heurte au pourrissement subtil de Port-Said et de Port-Fouad durant les six semaines d'occupation. En l'absence d'opérations dirigées contre Le Caire et Nasser, les positions franco-britanniques seraient, dans tous les cas, devenues intenables sur le canal.
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Contributor : François David <>
Submitted on : Tuesday, January 28, 2014 - 10:13:16 PM
Last modification on : Monday, December 2, 2019 - 12:50:03 PM

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  • HAL Id : hal-00937895, version 1

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Francois David. Port-Fouad, 7 novembre - 22 décembre 1956 : laboratoire d'une occupation et révélateur d'une crise. Service historique de la Défense. Presses du SHD, pp.60, 2007. ⟨hal-00937895⟩

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