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John Foster Dulles et l'Alliance atlantique

Résumé : Notre analyse relie la politique occidentale de Foster Dulles, dans les années cinquante, à ses convictions fédéralistes profondes de l'entre-deux-guerres (Hamilton, The Federalist). En arrivant au pouvoir, le secrétaire d'Etat est convaincu que l'Amérique doit accélérer l'intégration européenne. Selon lui, les guerres séculaires du vieux continent résultent des rivalités des Etats-nations, dont le principe contredit l'harmonie des peuples. Curieusement, Dulles veut commencer par le secteur militaire, pourtant le plus rétif aux abandons de souveraineté. Il cherche à imposer la Communauté Européenne de Défense et menace la France d'une "révision déchirante" des relations américano-européennes en cas d'échec - c'est-à-dire d'un retrait des divisions américaines de RFA. Cette politique complètement déconnectée des réalités débouche sur un échec prévisible. De plus en plus de dirigeants français redoutent que la CED ne prive la France de son indépendance militaire et stratégique. Les députés rejettent l'armée européenne, lors du vote du 30 août 1954. L'alliance occidentale reposera donc exclusivement sur l'OTAN. Or, Foster Dulles n'a pas toujours été un partisan fervent du traité de l'Atlantique Nord. D'emblée, il lui reprocha, en 1949, de "servir de béquille" aux Européens, c'est-à-dire de fournir un prétexte pour ne pas s'unir et affronter ensemble les défis économiques et politiques de l'après-guerre, en s'en remettant plutôt à l'assistance américaine. Après 1954, le secrétaire d'Etat constate que ses craintes se vérifient : les Etats européens - France en tête - n'honorent pas leurs obligations de défense et se reposent sur le bouclier conventionnel et nucléaire des Etats-Unis. La situation se complique avec l'application de la nouvelle doctrine stratégique de l'administration Eisenhower : le New Look nucléarise systématiquement les plans de guerre atlantiques. L'introduction des armes atomiques tactiques dans le corps de bataille allié pose la question de savoir qui ordonnerait leur éventuelle mise à feu. Fin 1954, Pierre Mendès France tente d'imposer une concertation à trois sur ce sujet, entre les gouvernements français, britannique et américain. En vain. Les Européens doivent attendre la fin de 1956 pour que la directive atlantique MC 70 évoque un partage des responsabilités atomiques, avec un système de "double clé" entre les Etats-Unis et le pays hôte. Ce geste - très limité - de Washington ne modifie pas le problème majeur de l'Alliance durant le second mandat d'Eisenhower : plus que jamais, MC 70 confie la mission conventionnelle de l'OTAN aux Européens, tandis que Washington se réserve la sphère stratégique. A la fin de son existence, Dulles constate que l'évolution de l'OTAN confirme ses craintes originelles : l'Alliance est devenue une coalition surtout militaire, qui ne débouche sur aucune fédération politique et économique de l'Europe, tandis que les alliés restent volontairement dépendants de la protection américaine.
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Contributeur : François David <>
Soumis le : mardi 28 janvier 2014 - 21:44:33
Dernière modification le : vendredi 28 février 2020 - 01:28:15

Identifiants

  • HAL Id : hal-00937886, version 1

Citation

Francois David. John Foster Dulles et l'Alliance atlantique. Revue d'histoire diplomatique, A. Pedone, 2003, pp.171-189. ⟨hal-00937886⟩

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