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Chapitre d'ouvrage

Le pragmatisme et les variétés de l'expérience

Résumé : Cet article consiste en une analyse à la fois historique et conceptuelle de la notion d'expérience. Suivant et complétant Dewey, nous distinguons quatre sens de l'expérience qui se sont succédé au cours de l'histoire de la pensée : l'empirique, l'empiriste, l'expérimental et l'expérientiel. L'objectif général est de montrer en quoi la reprise pragmatiste du concept d'expérience intègre ces quatre déterminations tout en surmontant les limitations de chacune. 1) Le premier sens, empirique, fait de l'expérience un type de savoir, fiable mais relatif à des buts pratiques qui n'implique pas la connaissance des causes ou des raisons des phénomènes contrairement au savoir scientifique. Le concept d'expérience se comprend ici par opposition avec celui de raison, vis-à-vis duquel il est déprécié sur un plan à la fois épistémologique, moral et ontologique. 2) Nous suggérons ensuite que le sens empiriste que prend le concept renverse cette opposition, dans la mesure où l'empiriste fait de l'expérience l'instance critique, au sens où elle apparaît comme un moyen de lutter contre tous les dogmatismes qui se couvrent de l'autorité de la raison pour s'imposer universellement et nécessairement. L'expérience s'identifie alors au donné sensible, obtenu d'un contact de première main, dans la mesure où seul ce qui s'impose à nous de l'extérieur peut constituer une garantie contre les divagations de l'imagination ou les spéculations de la raison. 3) Mais ce second sens, aux yeux du pragmatiste, demeure solidaire d'une conception dualiste qui ne voit pas la continuité fonctionnelle de l'expérience et de la raison, que l'on aperçoit au contraire dans le troisième sens, expérimentaliste. D'après ce troisième sens, l'expérimentation et le raisonnement sont des phases intégrées et complémentaires de toute activité de pensée (l'enquête), que chacune des écoles, empiriste et rationaliste, a abstrait du processus concret pour les opposer l'un à l'autre sous la forme des deux entités mythologiques de l'Expérience et de la Raison. 4) Nous montrons enfin qu'à ce troisième sens, pleinement revendiqué par les pragmatistes, s'est opposée une quatrième conception de l'expérience, qui revient à souligner l'idée d'une irréductibilité de l'expérience telle qu'elle est vécue à l'expérience objective et naturalisée de la science (bergsonisme, phénoménologie). L'expérience, dans ce dernier sens " expérientiel ", désigne ce qui peut être décrit lorsqu'on s'en tient à ce qui est expériencé immédiatement, sans présupposer aucun savoir préalable sur ce qui est expériencé. Après l'opposition entre l'expérience et la raison, un second dualisme reste donc à surmonter, interne cette fois-ci au concept d'expérience.
Type de document :
Chapitre d'ouvrage
Liste complète des métadonnées

https://hal-univ-lyon3.archives-ouvertes.fr/hal-00920541
Contributeur : Stéphane Madelrieux <>
Soumis le : mercredi 18 décembre 2013 - 16:32:14
Dernière modification le : mardi 25 février 2020 - 11:57:40

Identifiants

  • HAL Id : hal-00920541, version 1

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Citation

Stéphane Madelrieux. Le pragmatisme et les variétés de l'expérience. Laurent Perreau. L'expérience, Vrin, pp.111-131, 2010, Thema, 978-2-7116-2227-6. ⟨hal-00920541⟩

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